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Archives de la catégorie ‘Traducteur: Catigo’

Est-ce qu’un français peut être illégal à Paris, un Anglais à Londres, ou un Espagnol à Madrid ? La réponse paraît évidente et la question stupide. Pourtant un Cubain de Santiago, las Tunas ou Guantanamo peut être illégal à La Havane. Cuba est le pays de toutes les absurdités et sa capitale, mère de l’illégalité.

Que de vies frustrées, de rêves impossibles et de désirs réprimés pour ceux qui sont nés à Cuba ! Une île qui compte si peu sur la mappemonde. Surtout en ce moment, quand l’humanité se débat dans diverses catastrophes…

Pourtant, à Cuba, il y a plein d’histoires à raconter. Mais les voix sont réduites au silence par un régime qui occulte la vérité, pour ne pas reconnaître que le système politique, économique et social imposé aux citoyens depuis plus de 50 ans, est un complet désastre. Voilà une de ces histoires.

Elle se passe la nuit du 22 décembre 2009. Le citoyen Ibrahim Alayo Merino est interpellé par le lieutenant Jose Garcia Bron, agent de l’unité policière du Capri, dans la municipalité de Arrojo Naranjo, à La Havane. Après s’être identifié, Ibrahim est sommé de signer l’acte d’arrestation.

Alayo est un jeune Noir de 36 ans. Sa carte d’identité indique qu’il est né à La Havane, mais réside actuellement à Santiago de Cuba, au numéro 140 de la rue Campamento, entre les rues 20 et 22. Ibrahim sait qu’il est inutile d’expliquer pourquoi il se trouve à La Havane. Il est illégal au regard de la loi, et comme tel, sera détenu et déporté vers son lieu de résidence.

Il s’agit du décret-loi 217 du 22 avril 1997, qui régit les "régulations migratoires internes pour la ville de La Havane". Cette disposition interdit aux Cubains qui viennent d’autres régions du pays, de résider, se domicilier ou vivre de façon permanente à la capitale sans autorisation.

Le problème de l’exode rural a commencé à devenir problématique depuis les années 80. "La Havane n’en peut plus", dit le refrain d’une chanson de Los Van Van, le groupe de musique populaire le plus célèbre de l’île. Et à La Havane, on  appelle ceux qui viennent des provinces orientales les "Palestiniens" !

Les migrations internes sont résolues de la façon la plus facile, par la prohibition et la sanction. Le gouvernement cubain, en promulgant cette loi, a limité les droits constitutionnels des citoyens qui ne résident pas dans la capitale du pays. Supposément pour assurer le droit à l’hygiène aux Havanais….

L’histoire d’Ibrahim est des plus simples. Personne ne peut imaginer où peuvent s’étendre les tentacules d’une disposition juridique, largement appliquée par tous les organes ou institutions de l’Etat.

La restriction s’applique aussi aux Havanais qui viennent d’autres quartiers de la capitale et qui, sans autorisation, se domicilient dans un logement situé dans les municipalités de La Vieille Havane, Centro Habana, le Cerro ou Diez de Octubre.

Et on arrive même à cette extrémité de condamner comme illégal un citoyen qui a une adresse reconnue dans une municipalité de la capitale, mais qui réside dans une autre, bien que celle-ci ne soit pas classée comme "zone congelée".

Une contradiction majeure de la constitution de la République, qui en son article 43, reconnaît que les Cubains peuvent "se domicilier dans n’importe quelle zone ou secteur". Droit, qui selon le précepte, fut "conquis par la Révolution". De là se déduit le fait que, si elle te donne ce droit, elle peut aussi te le réduire ou te le retirer.

Peu importe si la violation d’un droit implique la fragilité des autres. Les centres de travail ne recrutent pas, les écoles n’inscrivent pas, et les pharmacies ne délivrent pas de médicaments réglementés, si le citoyen, enfant ou adulte, n’a pas l’adresse qui correspond.

Les services policiers, les offices municipaux  de l’habitation et les bureaux du contrôle des adresses se chargent d’exécuter la directive au pied de la lettre.

Pourtant, la loi ne s’applique pas de la même façon pour tous. 99,9 % des membres des services policiers viennent des régions orientales du pays. Le gouvernement leur donne l’autorisation de résider dans la capitale, même sans avoir un domicile officiel.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme établit que "Toute personne a le droit de circuler librement et de chosir sa résidence sur le territoire d’un Etat." Le gouvernement cubain prétend défendre les droits de l’homme. Mais il prohibe et sanctionne les citoyens qui osent exercer ce droit.

Est-ce qu’un Etat peut limiter les droits d’un groupe de citoyens, pour supposément garantir le droit d’autres citoyens ? N’avons-nous pas tous les mêmes droits et ne sommes-nous pas égaux devant la loi ?

La Déclaration Universelle est claire en ce sens. Aucun précepte ne peut être interprété dans le sens qu’un Etat, pour développer des activités ou réaliser des actes, puisse supprimer un droit ou une liberté quelconque proclamée dans cette déclaration.

Le gouvernement critique hypocritement l’Union Européenne ou les Etats-Unis pour leurs décisions ayant comme objectif de contrôler les flux migratoires qui proviennent d’autres nations. Pourtant il punit par amendes et déportation un Cubain qui demeure dans la capitale sans sa permission.

L’histoire d’Ibrahim Alayo Merino est seulement un exemple parmi les milliers qu’ont à supporter quotidiennement les Cubains dans leur pays. Depuis 1997 est en vigueur un décret qui viole le droit de presque 12 millions de personnes. Aucun tribunal ni autorité ne s’est avisé de le déclarer inconstitutionnel.

Cela faisait 4 ans que Ibrahim avait déménagé à Santiago, où réside sa nouvelle famille. Il s’était rendu à La Havane pour passer les fêtes de Noël et de fin d’année avec ses parents, qui vivent dans la capitale. Mais les autorités ne s’intéressent pas à ce genre de détails et ont considéré qu’il avait désobéi à la loi. Pour cela il a passé la nuit dans un cachot et a été déporté le lendemain…

Voilà une de ces voix silencieuses, une de ces histoires desquelles on ne parle pas. Mais qui existent. Des citoyens sans défense face aux abus de pouvoir d’un gouvernement qui a transformé non seulement la capitale de tous les Cubains en une cité interdite pour beaucoup, mais aussi en berceau de l’illégalité.

Le gouvernement a une façon très particulière d’appliquer les lois. Fermer La Havane au tout-venant est une de ces façons. Bien que pour la justice cubaine nous ne soyons pas tous égaux. Les frères Castro viennent aussi des provinces orientales du pays. Pour autant, ça ne viendrait à l’esprit de personne de penser qu’ils sont illégaux.

Laritza Diversent

Traducteurs: Catigo, Catherine Gau

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