Laritza DIVERSENT

Les Cienfuegueros Bárbaro López Villavicencio, 44 ans, et Rafael Felipe Martínez Irizar, 41 ans, tous deux noirs et alcooliques, se mirent d’accord en 2009 pour dérober une embarcation afin de sortir du pays, destination le Mexique et, de là, les Etats-Unis.
Ils se distribuèrent les tâches. Martínez Irizar serait chargé de repérer des personnes solvables, intéressées pour quitter le pays, en vue d’obtenir une aide économique pour subventionner l’opération. López Villavicencio chercherait le combustible et le patron du bateau, qu’ils paieraient pour feindre une sequestration.
Pablo Gómez Castillo, un officiel du contre-espionnage, dénonça les faits. Les deux personnes furent incarcérées, bien qu’ils n’eussent même pas en leur possession un seul litre de carburant. Le tribunal de Cienfuegos les déclara responsables, comme auteurs d’un délit de sortie illégale.
Aucune pièce à conviction suffisante pour déterminer la date exacte du délit imputé aux accusés. L’organe judiciaire situa le projet entre le mois de mai et le début du mois de juin 2009, selon certaines "preuves" concernant le lieu de la réalisation de l’action et l’achat du carburant.
Les faits délictueux furent exclusivement prouvés par les déclarations des témoins et des inculpés, qui confessèrent avoir ourdi un plan jamais mis à exécution. Ils essayèrent en vain d’obtenir un non-lieu. Le tribunal ne le retint pas parce que "avant la détention, ils avaient fait des démarches et des investigations pour atteindre leurs objectifs".
Le "plan dangereux" "ne fut heureusement pas mis à exécution grâce à la réaction opportune des autorités" qui, avant la détention des justiciables, empêchèrent la réalisation de l’activité illégale, tel que reconnu par le tribunal de Cienfuegos (Unité des Délits contre la Sécurité de l’État), un organe chargé des "enquêtes criminelles".
Il ne servit à rien que le procureur reconnût, dans ses conclusions provisoires, que López Villavicencio "avait pensé parler de la mission" au témoin Raphaël Jiménez Solís, le capitaine du ferry-boat et de la barge que les accusés avaient imaginé séquestrer, mais que cependant, "il ne soit pas arrivé à concrétiser son plan".
Il ne servit à rien non plus que "ses confessions aient été explicites et détaillées, au point d’aider à l’éclaircissement du fait supposé délictueux", ainsi qu’argumenté par le tribunal dans la sentence. Ils ont ingénument cru en la loi. Le Code Pénal exempte de responsabilité la personne qui renonce à commettre volontairement un acte délictueux, quand il le porte à la connaissance des autorités.
Dans sa volonté de faire face au délit et aux injustices, le tribunal provincial de Cienfuegos négligea le fait que toutes les tentatives des accusés furent infructueuses, bien qu’il ait reconnu dans sa sentence que Martínez Irizar n’avait pas pu "matérialiser les démarches réalisées, faute de trouver le combustible".
Une démonstration de "l’efficacité, d’un traitement rationnel et différencié, de la communication adéquate avec les personnes, du professionnalisme et de la rapidité dans l’éclaircissement délictueux des faits et autres services qu’offrent au peuple" les organes de justice et la répression du gouvernement révolutionnaire, comme l’a affirmé le journal Granma récemment.
Le tribunal apprécia les déclarations des cinq personnes contactées par Martínez Irizar, dans le but de sortir illégalement du pays. Pourtant, la sentence omis de préciser si celles-ci avaient des ressources pour financer l’opération, ce qui était le sens de la requête des accusés. Au contraire, je pense qu’aucune n’a accepté la proposition, chose étrange de nos jours.
Les preuves pour les incriminer furent estimées "conformes avec les principes de la science et de la raison". Bárbaro fut condamné à 4 ans de privation de liberté, et Raphaël à 5 ans, peine maximale prévue pour le délit de promotion et d’organisation de sortie illégale du territoire national.
Si tous les Cubains qui font des plans pour abandonner le pays étaient sanctionnés, la population pénale de l’île atteindrait les 11 millions de reclus. Cette réalité ne compte pas, comme n’ont pas compté non plus dans la détermination de la sentence, la prévention et le repentir. Il vaut mieux punir de façon "exemplaire". Le plus important pour la justice révolutionnaire, c’est d’appliquer la loi "avec un maximum de rigueur et de sévérité".
Photo : Gustavo Rumbaut, Panoramio. Embarcation utilisée pour le transport maritime dans la baie de Cienfuegos.
Traducteur : Catherine GAU
