Par : Yaremis Flores | 16 mai 2012
Sandor Pérez, rastafari de 29 ans, n’avait pas de raison de fêter ce Premier Mai. Le dernier mois de février, il fut licencié par les Services Communaux de La Havane de l’Est, où il travaillait en tant que balayeur. Son chef l’a averti :”Si tu ne te coupes pas les cheveux, tu ne pourras pas continuer à travailler pour nous”. Sandor avait acheté, avec ses économies, son propre chariot pour ramasser les ordures.
Sa longue chevelure, enroulée sous un turban, n’entre pas dans le critère “belle allure et bonne apparence”, exigé pour appartenir à une société d’État. Diplômé comme technicien en Construction Navale, il n’a pas exercé ce poste à cause du rejet institutionnel de ses croyances.
”J’ai postulé pour des postes de travail divers, et en général, il ne me choisissent pas pour mon apparence” dit Sandor.
“Les uniques options possibles pour les rastas à Cuba, c’est de travailler comme balayeur des rues, dans l’agriculture ou dans le bâtiment. Je ne connais personne qui soit médecin, professeur ou député à l’Assemblée Nationale”, ajouta-t-il.
Une fille de 4 ans dépend du jeune rasta. Durant le mois de mars, il a sollicité du travail auprès de l’Organopónico* “Hanoî”, du distributeur de la capitale Alamar (lieu où on cultive et vend des produits agricoles). Mais la réponse fut “vient un autre jour, pour voir s’il y aura quelque chose pour toi “. Il y est allé pendant dix jours consécutifs, avec l’espoir de décrocher un poste.
Le matin du onzième jour, le Chef de l’Organopónico lui dit, feintant de la peine :”La place vacante est déjà prise, si tu étais venu hier…” Sandor répondit :”Regardez, ne me payez pas avec de l’argent, je me contente d’un sac de laitues par jour pour mon I-tal (nourriture organique propre à la diète rastafari)”. La proposition ne fut pas acceptée.
Carlos Cantero, rasta de 36 ans, travaillait lui-aussi comme ramasseur d’ordures, il y a quelques semaines. “J’ai été licencié à cause de mes dreadlocks (coiffure rastafari)”. De plus, il assure que certains frères rastas n’ont pas supporté la pression et qu’ils ont du couper leurs cheveux, ce qui va à l’encontre de la religion.
Sans statistiques officielles précises, certains rastas Cubains assurent, que le taux de chômage dans leur communauté, est élevé. Pour subsister, ils sont obligés de remplir les stéréotypes imposés par la société socialiste. C’est pour tout le monde, la joie de faire la fête, l’œuvre de la Révolution, pendant la Journée Internationale des Travailleurs ?
*Organopónico : système de cultivation écologique urbaine né à Cuba, pendant la Période Spéciale en temps de Paix.
Traduit par : Aïda

