
Nous nous sommes habitués à ce que le journal Granma mette en avant une information et en omette d’autres. Bien sûr, il s’agit de l’organe officiel du Parti Communiste. Le parti est son maître et décide donc de quoi et comment il informe. Pourtant, il est difficile d’accepter que ce média soit utilisé pour propager la culture de la peut et de la répression
En cherchant un renseignement sur la réception des signaux satellites et les antennes, dans le Journal Officiel de la République, l’endroit où sont publiées les lois cubaines, j’ai trouvé une disposition du Comité Exécutif du Conseil des Ministre, et deux du Ministère de l’Informatique et des Communications (MIC) concernant l’affaire.
Il s’agit des résolutions 98 et 99 de 1995 et le Décret No. 269 de 2000. Ces normes considèrent comme une infraction l’importation, la fabrication, la vente, l’installation d’équipements, d’antennes, d’accessoires et autres dispositifs récepteurs de radiocommunication aérienne, parmi lesquelles les signaux télé. Leur distribution est également interdite.
La législation prévoit des amendes administratives de mille pesos pour les citoyens et de dix mille à vingt mille pesos pour les entités. Pourtant, plusieurs articles de Granma ont informé les citoyens que les amendes étaient de dix mille à vingt mille pesos, sans précision. Montants que les Inspecteurs du MIC appliquent à leur discrétion, que ce soit une personne ou une entreprise.
Le plus paradigmatique des travaux de Granma fut « Piraterie des signaux satellites », de Lourdes Pérez Navarro, publié en août 2006. La journaliste exposait la manière dont, dans l’île, se développait le commerce illégal de distribution de programmes étrangers de télévision, les règles nationales qui étaient transgressées et leurs sévères punitions.
Selon la journaliste, les clients du commerce de distribution de signaux télé étrangers reçoivent « des espaces avec une avalanche de publicité commerciale qui montrent l’apparence du capitalisme, des messages anti cubains et même de la pornographie ».
Elle donna même une touche politico-idéologique à l’affaire. « Dans le cas de Cuba, une partie de la programmation reçue par cette voie a un contenu déstabilisant, ingérant, subversif, et invite de plus en plus à la réalisation d’activités terroristes », écrivit-elle.
Trois ans plus tard, à travers ces signaux télé ensorceleurs, les Cubains ont vu comment Amaury Pérez a reconnu qu’à Cuba « on n’est pas libre d’avoir une antenne » et qu’il y a « des milliers de justifications pour ne pas avoir Internet ».
Vous imaginez Amaury Pérez disant « j’ai une antenne » à la télévision cubaine, comme il l’a fait au cours du programme « Al punto », de Univisión, lors de son voyage à Miami fin 2009 ?
L’auteur-compositeur a reconnu l’avoir apportée de Mexico. « Je l’ai posée quand elles étaient encore très grandes, pas si petite, à cette époque personne n’avait à l’idée cette histoire d’antenne, mais pour moi la télévision est très importante », commenta-t-il. Amaury ne dit pas s’il avait une autorisation pour jouir de ce privilège. Ce qui est certain c’est que le programme a été vu dans l’île grâce à la réception illégale des signaux.
En 2006, la journaliste de Granma allégua que « la diffusion de programmes par satellites connue techniquement comme système de distribution multipoint par ondes courtes », fut autorisée comme moyen de télécommunication de caractère limité.
En d’autres termes, à Cuba, seules peuvent les distribuer les entreprises expressément autorisées, et en jouir les personnes autorisées par le MIC en tant qu’utilisateurs. La journaliste omit également que le service était codifié et destiné principalement au tourisme et au corps diplomatique.
Lourdes Pérez Navarro, qui couvre habituellement la section Questions de Lois, dans le quotidien Granma, indiqua que la piraterie de signaux « transgresse les régulations internationales convenues pour leur usage », et qu’en le faisant on commet « une chaîne de délits et de contraventions administratives qui entraînent de sévères condamnations dans différentes législations et réglementations juridiques ».
Elle exposa dans le détail tous les délits en relation avec le thème. Elle commença par la contrebande, qui prévoit des sanctions jusqu’à 3 ans de prison et des amendes entre 15 000 et 50 000 pesos. Selon la journaliste, des touristes et des Cubains résidents à l’extérieur faisaient entrer dans le pays des récepteurs de signaux et des cartes, violant les dispositions douanières.
« On a découvert qu’une autre façon de posséder des antennes a été de soustraire de tels équipements ou leurs accessoires aux personnes autorisées à utiliser ce service », affirma-t-elle. Dans ce cas, prévint-elle, on commettait le « délit de larcin ou de vol avec emploi de la force » et de recel, pour ceux qui les acquerraient sur le marché illégal.
Elle mentionna d’autres délits : celui « d’activités économiques illicites », pour offrir un service sans licence, aggravé quand du matériel du marché noir est utilisé. Celui de « spéculation ou accaparement », pour avoir acquis des marchandises pour la revente et celui de « dommages », quand sont mis hors d’usage des « poteaux électriques et téléphoniques ou si on a rompu la chaussée pour passer les câbles ».
Elle avertit aussi qu’administrativement existaient « de sévères amendes et confiscation pour les transgresseurs ». « La diffusion de programmes satellites requière une licence délivrée par l’agence de contrôle et de supervision du Ministère de l’Informatique et des Communications, entité qui possède des inspecteurs ayant toute autorité pour imposer des amendes et confisquer des appareils quand des infractions sont détectées ».
Et elle cita textuellement la contravention prévue dans l’article du Décret-Loi n° 157 de 1995, une autre des normes qui régissent le cas, et qui spécifie que le montant des amendes à appliquer sera fixé par le ministre concerné. Toutefois, elle déforma l’information quand elle donna le montant des amendes, comme établi par les résolutions 98 y 99 de ce ministère.
« Une amende de 10 à 20 000 pesos en monnaie nationale ou son équivalent au change officiel en monnaie convertible sera appliquée, en plus de la confiscation administrative comme mesure accessoire sans droit à indemnisation ou quelque paiement que ce soit », affirmait Pérez Navarro dans son texte.
De la même manière, elle informait que « en accord avec le Décret Loi n° 99, les inspecteurs sont habilités à élever cette amende de la moitié du montant le plus élevé (10 000 pesos de plus) ce qui fait que des sanctions pécuniaires jusqu’à 30 000 pesos pourraient être appliquées ».
Et elle soulignait que puisque pour certains « la distribution illégale de programmes de télévision par satellite est devenu une forme d’enrichissement indu » le décret-loi 149 de 1994 est appliqué à ces personnes et qu’elles sont dépossédées de tous leurs biens « qui ne correspondent pas aux revenus perçus et ne peuvent être justifiés », qui leur sont confisqués.
Lourdes Pérez Navarro finissait son reportage en disant que « le travail de persuasion des masses » était fondamental, « pour éradiquer cette pratique, et qu’elles doivent aider les autorités chargées de faire respecter les réglementations à ceux qui violent la loi avec une irresponsabilité totale ».
Je suis restée bouche-bée devant ce reportage. Un tel déploiement de réglementation n’encourageait pas le respect de la loi, mais la culture de la peur et de la répression chez les Cubains. Elle ne consacra pas un mot à dénoncer le MIC et ses inspecteurs, pour violer la loi et abuser les citoyens. Elle ne mentionna pas non plus que ces inspecteurs, pour faire leur travail, violent le domicile des citoyens, un droit constitutionnel.
La presse officielle sait qu’elle a le pouvoir, par le biais de l’information, de dicter ce qui est bien ou mal. Que voir, écouter et lire, et à qui obéir. Pourtant, elle n’ose pas mettre en question les politiques d’exclusion et de répression instrumentés par le gouvernement, au moyen d’une légalité socialiste –supposée- engagée au service du peuple.
Laritza Diversent, Cubanet
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April 28 2011